• Entre imaginaire et médiumnité.

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    Je suis désolée si je ne suis pas arrivée à changer la grosseur  des lettres et des espaces des interlignes sur cet article qui n'est pas de moi,  et que je trouve pourtant très intéressant ; mais rien à faire !

    Ne m'en veuillez pas pour les personnes qui voient mal. 

    N. GHIS.

     

    Le thème de : 

    « Mon copain est un fantôme »

    l'ami imaginaire » est un classique en psychologie enfantine. Pourtant, la frontière est parfois mince avec la médiumnité...

    Comment distinguer ces phénomènes ? La psychologue Patricia Serin explore la question à travers deux histoires

    passionnantes, sur le sujet.


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    Lire cet article inédit »

     

     Mon copain est un fantôme

    Le thème de « l'ami imaginaire » est un classique en psychologie enfantine. Pourtant, la frontière est parfois mince avec les perceptions extraordinaires et la médiumnité… Comment distinguer ces différents phénomènes ? La psychologue clinicienne Patricia Serin explore la question à travers deux histoires passionnantes. 

    Informations


    Nous sommes en 2008. Le jeune Lucas, âgé de 5 ans, m'est adressé

    car l'école le

    décrit comme ayant « un problème de communication ».

    Seul, il ne se mélange pas aux autres, parle « dans le vide » et son

    comportement

    intrigue ses proches. Lors du premier entretien avec les parents,

    ces derniers

    évoquent d'emblée un événement qui pourrait expliquer les

    difficultés de leur

    fils  lorsque Lucas avait 4 ans, son jeune frère Alex, âgé de 20 mois,

    est mort noyé

    dans la baignoire, en sa présence. Les parents parlent de ce drame

    avec beaucoup

    de retenue. Catholiques pratiquants, très investis dans l'associatif

    paroissial, ils y

    voient « la volonté du Seigneur ». La mère est enfermée dans une

    souffrance

    palpable qu'elle masque par des propos convenus. Le père paraît

    beaucoup plus

    motivé pour que son fils soit aidé « parce qu'il en a besoin, il ne va

    pas bien »,

    confie-t-il. C'est lui qui m'explique que Lucas a un « ami imaginaire » et qu'il dit

    des choses « bizarres ». Décrit comme un enfant calme et rêveur, Lucas passe

     « des heures à jouer tout seul et à s'isoler dans le jardin ».

    Sa réaction à la mort

    d'Alex est à l'opposé de celle d'Aymeric, son frère aîné âgé de 7 ans

    au moment

    de la noyade, sportif, sur-actif, extraverti. Le pédopsychiatre leur a

    expliqué que

    les réactions de repli sur soi étaient classiques après un tel drame;

    et que le fait

    que l'enfant parle tout seul était certainement lié au banal et répandu

    « ami imaginaire ». « Tout ceci passera avec l'âge », a-t-il conclu. La également

    affirmé que l'enfant était en bonne santé et a conseillé avec sagesse

    de lui

    consacrer davantage de temps.

    Les perceptions extrasensorielles de Lucas


    Je propose alors un suivi psycho-thérapeutique familial

    qui va durer plusieurs

    mois. Dès notre première rencontre seul à seul, Lucas m'impressionne

    par sa 

    sensibilité, son application et la force particulière qu'il dégage. Rapidement, il me

    teste. Mon téléphone vibre alors qu'il est en train de dessiner.

    Tout en continuant

    son œuvre avec application, il me dit sans me regarder :

     « C'est une dame qui ne

    peut pas venir ce soir; mais il y a une autre dame qui va téléphoner

    après et

    prendre sa place. » Je reformule ce qu'il vient de me dire et le

    remercie pour son

    avertissement... qui se révélera exact. En ne mettant pas en doute

    sa parole,

    j'instaure la confiance indispensable à la poursuite de la thérapie,

    au cours de

    laquelle je serai à plusieurs reprises le témoin de telles prédictions.


    Lorsque l'enfant mis en confiance commence à se raconter,

    je réalise à quel point

    il ressent la gêne que ses prédictions occasionnent : 

    « Une fois, à l'école, j'ai dit

    quelle maman allait arriver en premier et ce qu'il y avait à la cantine

    et aussi qui

    allait venir dans la classe, et on s'est moqué de moi, les autres ne

    voulaient plus

    jouer avec moi... » Il est également sensible à l'attitude paradoxale

    de son

    entourage qui le traite de menteur tout en constatant qu'il a

    raison, sans le

    lui dire.

     

    Le décès d'Alex est venu réveiller un traumatisme

     

    télékinésie... J'avais pu constater que l'expression de ces facultés varie suivant le
    contexte familial, culturel, l'état émotionnel du sujet, et ses relations aux autres.
    J'ai accompagné brièvement une enfant de 8 ans, déclarée précoce, qui avait
    trouvé elle-même un sens à ses capacités de télékinésie. Elle faisait glisser des
    jouets sans les toucher. Son regard était intense, et je percevais avant et pendant
    une grande tension à la fois musculaire et psychique.
     
    « Cela me déstresse. Mon énervement fait déplacer des objets », disait-elle. Très
    tonique, curieuse de tout, elle avait trouvé un moyen d'évacuer ses tensions
    lorsqu'elle se sentait frustrée et contrainte à l'immobilité. Elle m'avait confié s'en
    être aperçu en CP, classe qui exige de l'enfant un grand contrôle psychomoteur.
    « Les enfants seraient plus en contact avec leur inconscient, non encore barré par
    la conscience ; celui-ci apparaît encore ouvert, libérant son contenu au
    quotidien», explique Joachim Soulières dans son livre
     
     «  Les enfants et le paranormal »
     
     « L'enfant n'a pas encore acquis les codes sociaux... qui déclarent hors-jeu les
    perceptions extrasensorielles et les facultés psychokinétiques; il peut les exprimer
    tant que son milieu ne les bannit pas. » Certains sont doués d'une sensibilité
    particulière. Ils ont la capacité de se retrancher du monde quotidien. Ce qui est
    surprenant est que les fantasmes d'évasion, les émotions de peur ou de colère
     « prennent corps » et se cristallisent en une énergie psi qui se matérialise. Chez
    certains sujets, cette énergie psychique se décharge sur un objet. C'est le verre
    qui glisse de la table, tombe et se casse, ou la porte qui claque sans qu'aucun
    courant d'air ne l'ait poussée. Les émotions dues au traumatisme familial et la
    tension qu'elles engendrent doivent s'exprimer d'une manière ou d'une autre.
    Contrairement à d'autres enfants, Lucas ne traduit pas ses conflits par des
    douleurs diverses, de l'agitation, de l'agressivité. Y aurait-il alors une forme
    d'expansion de conscience et/ou d'exacerbation des sens lui permettant de saisir
    des événements à la fois dans le présent et le futur proche ?
    Outre les prémonitions qui s'imposent à lui comme des évidences, Lucas,
    à travers les jeux, les dessins et la parole, témoigne de « visions ». Il m'explique
    qu'il voit des images, « comme en vrai », et des « petits films » dont il est le
    spectateur. Ce ne serait pas comme quand il regarde la télévision. Qu'Aymeric ne
     « voit » pas comme lui. L’incrédulité des autres membres de la famille et de ses
    copains d'école l'a troublé.  S'il est « devant » et m'assure qu’il sait
    pourtant faire la différence entre le « vrai dans la vie » et ces images ou
    films. C'est avec son grand frère Aymeric que Lucas a réalisé qu'il est
    différent des autres, en comprenant est alors replié sur lui-même.
    « Le rappel du « fantôme »

    Tout en constatant la réalité des perceptions psi de Lucas, je me centre sur la
    communication du petit garçon avec son ami imaginaire. Ce compagnon avec qui
    il joue, Lucas est le seul à le voir et il a bien compris que les autres ne le
    perçoivent pas. Il l'appelle « mon copain ». L’ami imaginaire est un thème
    classique en psychologie enfantine : la plupart du temps, cela permet à l'enfant
    d'exprimer son potentiel créatif, ses peurs et ses désirs. Pour Lucas, cette
    manifestation fera office de révélateur du malaise familial, de ce que les adultes
    cherchent à masquer et refoulent. Au cours de la thérapie, un dessin retient
    particulièrement mon attention. Il représente deux poissons qu « volent » 
    au-dessus de la mer. L’enfant commente :« Ces deux poissons - des garçons selon
    lui - aiment bien jouer tranquillement dans Le ciel personne ne Les embête et ils
    peuvent s'amuser avec les oiseaux qui leur racontent des histoires. C'est comme
    ça que les choses marchent. (…) Et ils peuvent poser toutes Leurs questions,
    on n'est pas fâché après et comme ça tout le monde est content ».
    Je lui demande si ces poissons ont une famille : 
    « Oui, elle est de l'autre côté, et là ils peuvent tous les voir. »

    À 5 ans, un enfant commence à intégrer dans son univers les personnes et les
    objets qu'il connaît. Toutefois, il ne dessine pas encore la réalité : il représente
    « ce qu'il sait et non ce qu’il voit ». Plus précisément, il représente non pas le
    modèle qu'il a sous les yeux, mais ce qu'il en connaît. En disant « ils peuvent tous
    les voir » et « comment les choses marchent », on peut supposer que Lucas puise
    dans son imaginaire des histoires qu'il invente, des personnages, des situations.
    Peut-être exprime-t-il également sa perception de l'inconscient familial.

    Les poissons peuvent être interprétés comme ce qui cherche à émerger de la
    conscience, à se distinguer du maternel si proche. Du milieu marin jaillissent les
    forces de vie originelles et toutes les potentialités. Il est le lieu de naissances,
    de transformations et de renaissances. Il est le symbole des origines et de la mère.
    La mer, eau en mouvement, évoque un état transitoire entre les possibles encore
    abstraits et les réalités formelles. Quant aux oiseaux (absents du dessin),
    ils évoquent la métamorphose de l'âme, leur chant est associé au langage des
    dieux. Poissons et oiseaux révèlent le caractère sensible et spirituel de Lucas.
    Bien entendu, on notera qu'il y a deux poissons, comme deux frères, comme
    Lucas et son ami imaginaire, un « enfant » du même âge qui vient lui tenir
    compagnie et jouer avec lui quand il se sent trop seul, malheureux ou incompris.
    C'est la répression des émotions liées à un deuil qui crée des déséquilibres
    Alors que je reçois la mère en séance individuelle, mon pressentiment se
    confirme. Sa gêne à évoquer sa propre histoire familiale trahit une zone
    d'ombre,un défaut de transmission de ce qui ne peut être représenté.
    Un secret de famille ? Je lui propose de me parler de sa relation avec sa mère,
    son père, sa fratrie. L’émotion la déborde. Ce qu'elle contenait derrière
    ses digues de dignité et cette façade si bien contrôlée s'effondre ...

    Deux poissons, deux oiseaux... Deux enfants noyés à une génération d'intervalle.
    Le décès du petit Alex est venu réveiller un traumatisme enfoui : la noyade du
    propre frère cadet de la mère, à 20 mois également, dans des circonstances
    similaires. L’oncle de Lucas s'est noyé dans le plan d'eau du jardin familial,
    en présence de sa sœur aînée. Le petit a échappé à la vigilance de sa mère,
    la sœur était bien trop petite pour le secourir... Elle s'est crue responsable.
    Les adultes se sont enfermés dans leur douleur. C'est ainsi que le chagrin,
    la culpabilité, la honte engendrés par cet accident ont été enfouis dans la
    mémoire familiale. La référence à la « volonté divine » primait et faisait écran
    aux émotions naturelles et à l'élaboration de ce deuil atroce.
    Le déni de la responsabilité parentale au moment du décès de l'oncle a accentué
    ce traumatisme et rappelé son « fantôme ». 

    La séance suivante réunira toute la famille : les parents et les deux garçons.
    La communication apparaît plus fluide, libérée : on donne du sens aux difficultés
    de Lucas. Lors de cette séance, le croquis de la « maison de famille », chez les
    grands-parents maternels,révélera que le plan d'eau du jardin a été obstrué
    après la mort du petit Jean-Baptiste, le jeune frère de la mère de Lucas.
    À des fins de sécurité naturellement, mais contribuant au refoulement
    du souvenir. Progressivement, Lucas commence à être reconnu pour lui-même,
    avec ses particularités. Lors d'un rituel de réparation, c'est Lucas qui suggérera
    que toute la famille plante un arbre à l'endroit où son oncle s'était noyé.

    Patricia Serin

    Cet article est sous copyright.

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